- Altitude — 27 m - 35 m
- Surface — 115 hectares
- Date — juin 2022 - juillet 2022
- Statut — concours
- Maîtrise d'ouvrage — SPL Vallée idéale développement
- Maîtrise d'oeuvre — Altitude 35 - MGAU mandataire - Ingetec
Le site s’inscrit dans la transformation d’un ancien secteur industriel et faubourien, progressivement gagné sur le lit de la Somme. À la confluence du faisceau ferroviaire de la gare d’Amiens, des hortillonnages et du parc Saint-Pierre, ce territoire composite constitue un point de tension et d’articulation majeur entre infrastructures, paysages et dynamiques urbaines.
La proposition des « îles samariennes » affirme et réactive le principe d’insularité comme outil de lecture et de fabrication des formes urbaines. À partir de la relecture des anciens bras de la Somme, quatre îles longitudinales, parallèles au cours du fleuve, recomposent le territoire. Chacune développe une identité propre, articulant paysage, urbanité et morphologie bâtie selon un gradient assumé d’inondabilité et d’anthropisation.
L’île-réserve est la plus proche du fleuve. Soustraite à toute appropriation, elle constitue une ripisylve dense, sanctuarisée et inaccessible. Elle se donne uniquement à voir, depuis l’autre rive, comme un horizon végétal continu, épais et silencieux.
L’île-jardin, fertile et régulièrement inondable, prolonge et intensifie la logique des hortillonnages au sud de la Somme. Le parcellaire agricole y est structuré en lanières perpendiculaires au fleuve, souligné par la répétition des saules têtards et des lignes de drainage. Presque entièrement en pleine terre, elle n’accueille qu’une seule émergence construite — la structure métallique de l’île aux fruits — et devient un territoire d’apprentissage, de sociabilité et de production alimentaire locale.
L’île-faubourienne constitue le cœur habité du dispositif. Elle réinterprète les typologies de l’habitat en bande, dont la répétition est renforcée par l’usage systématique de la brique. Les séquences bâties organisent des vues cadrées : au premier plan les deux premières îles, puis en arrière-plan la Somme, qui agit comme horizon structurant et fond de scène permanent.
L’île-belvédère affirme un registre monumental. Elle se matérialise par une vaste terrasse minérale, support d’un système de promenades et de points de vue ouverts sur la vallée. Adossée à la halle Freyssinet, elle dialogue avec l’échelle industrielle du site : celle du bâtiment, du parvis et du faisceau ferroviaire. L’unité et la mémoire productive du lieu sont ainsi maintenues et réactivées.
Le registre d’espaces publics, volontairement frugal, s’inspire directement des pratiques agricoles des hortillonnages : maintien systématique de la pleine terre, recours à des revêtements perméables, attention portée aux seuils et aux transitions. À la convergence du resserrement du lit de la Somme et de la trame historique héritée de la voie romaine, se dessine un nouveau quartier en archipel — habité, productif et profondément paysager.